irene chamorrocarla gillespielisa cogniauxanthony forrat

Tu t’appelles Anthony, ça fait 22 ans que tu existes, tu es né à Nice et… tu t’es dit qu’écrire à la deuxième personne du singulier montrerait au moins que tu aimes le style de Georges Perec et que ça donnerait de toi l’image d’un mec intéressant.

Tu es né un 7 février 1993, vers 14 heures, et tes parents t’ont souvent fait la remarque attendrie que tu étais un peu lent, par conséquent. Souvent avec un cran de retard. Ça a sans doute influencé ton comportement. On te dit ailleurs, dans les nuages, une petite tortue, à qui il faut parfois répéter les choses entièrement. Tu aimes la lenteur. Tu aimes agir comme le Socrate que tu fantasmes : à s’arrêter pour regarder les remous d’une flaque, ou l’afflux de gens, ou par la fenêtre.

Tu n’aimes pas les curriculum vitae oraux, ni écrire des sigles. Tu aimes bien penser tes phrases en termes de rythme, et tu aimes beaucoup employer des mots d’argot ou un peu dépassés entre deux mots-comptent-triple, wesh nique sa mère. Tu écris souvent « sans doute » et « d’ailleurs ».

À la limite, tu peux dire que tu sais lire, écrire, dessiner, un peu chanter, inventer des jeux, être conciliant, fabriquer des choses. Tu as d’ailleurs les objectifs secrets et incertains de réaliser des jeux vidéo et de plateau, des cartes postales ou de vœux, des pièces de théâtre, des romans graphiques, des tags, des séries, des jouets… Mais en même temps, tu aimes beaucoup l’épicurisme qui dit que tu dois dissimuler ta vie. Alors tu ne parles de tout ça qu’aux moments qui te semblent opportuns.

Tu encourages à la désobéissance éclairée. Tu détestes l’État, la surconsommation, le spectacle, la publicité, l’urgence. Tu aimes l’amitié, l’entraide, le pacifisme, la récupération, la bonté, l’altruisme, les œufs au plat et faire dodo.

Un jour, tu voudrais bien vivre comme un vrai cynique et pas comme un défaitiste à la con, mais si tu faisais vraiment comme Diogène, il faudrait que tu ailles dans un pays plus chaud que la Belgique...